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les chroniques d'Istvan

Le Tibet

4 Avril 2008 , Rédigé par Istvan Publié dans #Histoire

 

Le Tibet naît comme entité politique unifiée à la fin du VIIe siècle, sous la dynastie Yarlung. Les rois et empereurs de cette dynastie tirent leur légitimité de l'origine mythique qu'ils prétendent détenir. Ils seraient les descendants du roi Namri Tsampo, descendu du ciel au IIe siècle avant Jésus-Christ, et qui aurait donné au territoire une organisation sociale et politique. Pendant plusieurs siècles, les rois de cette dynastie se succèdent dans la partie centrale du Tibet. C'est de là qu'à la fin du VIe siècle le roi Nam-ri-slon-btsan parvient à unifier le territoire.



La volonté de centralisation

 

C'est le fils de Nam-ri-slon-btsan, Srong-btsan-sgam-po, qui fait du Tibet une puissance régionale au début du VIIe siècle. Il dote le territoire d'une organisation centrale, d'une capitale, Lhassa, et travaille à l'élaboration d'une écriture tibétaine à partir de l'alphabet indien. Ses successeurs consolideront le Tibet à l'intérieur et à l'extérieur. Recensement de la population, mise en place de relations "diplomatiques" avec les pays voisins et politique de conquêtes territoriales permettent au Tibet d'assoir sa puissance. Il s'empare notamment, à cette époque, de larges portions de territoires chinois.


Le boudhisme, religion officielle

 

Les Tibétains, dans leur tradition ancestrale, croyaient à la présence de dieux et démons qui régissaient leur vie. Ils vénéraient également certaines montagnes et pratiquaient des cultes destinés à apaiser les dieux. C'est à partir du règne de Srong-btsan-sgam-po, au du VIIe siècle, que le boudhisme pénètre progressivement au Tibet, notamment, selon la légende, par l'intermédiaire de deux de ses épouses népalaise et chinoise. Mais c'est à la fin du VIIIe siècle, sous le règne de Khri-srong-lde-brtsan (755-797), que les premier monastères et écoles boudhistes apparaissent. Le Tibet est alors très sensible à l'influence de son puissant voisin indien, beaucoup plus qu'à la Chine. Une controverse décide donc que c'est le boudhisme dans sa forme indienne qui sera adopé au Tibet. Il devient, en 779, religion d'Etat. C'est le début d'un pouvoir croissant des moines dans le pays.

Le premier dalaï lama

 

Si le pouvoir religieux prend de l'importance, le pouvoir politique, lui, se divise. Le Tibet vit une période trouble jusqu'à la fin du XIIe siècle. Il passe alors sous influence mongole, avec, à sa tête, un représentant nommé par les Mongols mais détenant le pouvoir temporel sur le Tibet central. Sa-skya Pandita, issu de l'une des plus grandes sectes du pays, instaure ainsi le premier gouvernement théocratique du Tibet.


C'est bien plus tard, après que le pouvoir est passé dans les mains de plusieurs dynasties concurrentes, que le terme de dalaï lama apparaît pour désigner ce chef théocratique. A la fin du XVIe siècle, l'école boudhiste Gelugpa, dite des Bonnets jaunes, prend de l'importance et s'impose avec l'aide, notamment, du prince mongol Altan-khan. C'est ce dernier qui décerne alors au chef de la secte Gyal-ba Rin-po-che le titre mongol de dalaï lama, qui signifie "océan de sagesse".  


Depuis la fin du XVIe siècle, le Tibet est sous influence mongole. Des luttes de pouvoir entre le dalaï lama, son régent puis des chefs de l'aristrocratie tibétaine aboutissent au retour, pendant une vingtaine d'années, d'une monarchie laïque soutenue par la Chine. C'est en 1750 que le chef spirituel des Tibétains reprend le pouvoir, "surveillé" de loin par des représentant chinois.


La Chine s'impose

 

A la fin du XVIIIe siècle, la Chine accentue son contrôle sur le Tibet. Elle profite d'une invasion népalaise sur son "protectorat" pour intervenir militairement puis se mêler plus étroitement de la vie politique tibétaine, et plus particulièrement de désignation du dalaï lama. Le puissant voisin diminuait ainsi le pouvoir du clergé et soutenait celui des aristrocrates. Ce système perdura jusqu'à la fin du XIXe siècle, troublé par quelques révoltes sporadiques mais sans conséquence des moines tibétains.

La fin de cette période vit cependant décliner l'influence de La Chine, occupée à se défendre contre des rébellions internes et des attaques anglaises et françaises à l'extérieur. Le dalaï lama en profita pour reprendre du pouvoir.


La Grande-Bretagne s'en mêle

 

Constante de l'histoire du Tibet, le territoire devint, à la fin du XIXe siècle, un enjeu stratégique pour une nouvelle puissance. La Grande-Bretagne, qui s'était imposée en Inde, considérait en effet le Tibet comme une zone à contrôler pour consolider son pouvoir en Asie. En 1904, les Anglais pénètrent à Lhassa, déserté par le dalaï lama qui a fui en Mongolie, et lui imposent un traité commercial et le paiement d'une indemnité. La Chine ne compte pourtant pas perdre toute son influence, et s'immisce entre Londres et Lhassa, reléguant au second plan le Tibet comme interlocuteur sur la scène internationale. En 1906, un accord entre la Chine et la Grande-Bretagne établit un partage d'influences au Tibet : l'accord anglo-tibétain de 1904 était confirmé, et la suzeraineté du Tibet par rapport à la Chine reconnue. Ce protectorat fut beaucoup plus visible que le premier : toute l'administration tibétaine passa sous contrôle chinois. Pour peu de temps. En 1912, la chute de la dynastie Qing en Chine permit aux Tibétains de reprendre le pouvoir et au dalaï lama de rentrer à Lhassa.


Le Tibet indépendant

 

De 1912 à 1949, le Tibet maintint son indépendance de facto grâce à des compromis avec la Grande-Bretagne et à une suzeraineté chinoise uniquement théorique. Preuve de son existence sur la scène internationale, le Tibet crée alors un ministère des Affaires étrangères. Cette période fut cependant mouvementée, marquée par des divisions à la tête de l'Etat et à un durcissement du régime du dalaï lama. Une longue vacance du pouvoir déstabilisa également le pays entre 1933 (mort du 13e dalaï lama) et 1940 (date de la désignation officielle du nouveau chef spirituel, l'actuel dalaï lama). Le Tibet connut cependant à cette époque un essor économique important.

Le paysage géopolitique asiatique change à la fin des années 1940. Le Tibet, toujours au centre des enjeux de ses puissants voisins, voit son sort scellé par deux événements majeurs : l'indépendance indienne et le désengagement dans la région de la Grande-Bretagne, mais surtout, en 1949, l'instauration de la République populaire de Chine.

Le Tibet intégré à la Chine

 

La prise de pouvoir de Mao Tse Toung encourage un jeune communiste tibétain, Phuntsok Wangyal à prendre la parole pour demande des réformes, la démocratisation du système et la transformation de la société féodale. Il est rapidement expulsé du territoire. Le gouvernement tibétain lance une "chasse aux sorcières" contre les Chinois. Les relations entre les deux pays s'enveniment. En 1951, l'armée chinoise occupe Lhassa, capitale d'un territoire désormais intégré à la République populaire de Chine.


L'administration, l'économie ou encore l'éducation tibétaines sont contrôlées par les Chinois, qui, en revanche, n'interviennent pas dans la vie spirituelle et respectent l'autorité du dalaï lama.

Ce compromis ne dura pas. Dans les années 1960, après les premières révoltes tibétaines, la Chine renforça son contrôle sur le Tibet et s'en prit aux monastères en détruisant leur patrimoine et en obligeant les moines à travailler.

La modernisation du Tibet

Sous influence chinoise, le Tibet entreprit une réforme de son système économique, une redistribution des terres et l'abolition de la corvée, service obligatoire que les serfs devaient rendre gratuitement à leurs seigneurs et au clergé (culture des terres, transport de denrées, don de biens). La Chine voulut faire de ce territoire une région productive en multipliant les terres cultivables et en créant les premières industries tibétaines. La construction de routes devint également une priorité. Jusqu'au milieu des années 1950, ces avancées permettent une bonne entente relative entre le dalaï lama et Pékin, comme en témoigne une longue visite du chef spirituel en Chine en 1954-1955. Aujourd'hui, la "libération" du Tibet d'une théocratie féodale dépassée est l'argument principal de la Chine pour expliquer sa présence dans la région.


Les premières résistances tibétaines

C'est en 1956 qu'ont lieu les premières actions de résistance tibétaine contre les réformes et la domination chinoise. Les moines, notamment, craignaient une perte d'influence dans la société. En 1959, une rumeur d'arrestation du dalaï lama débouche sur la fuite du chef spirituel en Inde, à Dharamsala, où il réside encore actuellement. Les Tibétains se mobilisent mais leur révolte est réprimée. C'est le début d'un contrôle beaucoup plus étroit de Pékin sur la région, qu'il soit direct, avec l'imposition de réformes radicales, ou plus subtil, avec l'installation encouragée de nombreux Chinois au Tibet. En 1965, le Tibet est officiellement déclarée Région autonome au sein de la République populaire de Chine.



Six mesures pour une réelle autonomie ?

 

Avec l'arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir en 1976, la Chine s'ouvre économiquement. Plus pragmatique, le nouveau dirigeant va tenter de rétablir une situation sociale et économique très difficile au Tibet. Après une visite exceptionnelle du secrétaire général du Parti communiste chinois au Tibet, six mesures sont adoptées dans le but de rendre plus réelle l'autonomie de la région. Parmi les décisions prises : la création d'une Assemblée populaire régionale à majorité tibétaine, une aide économique plus importante, une exemption d'impôts ou encore le rétablissement de "la culture, l'éducation, la science du Tibet".


La capitale Lhassa s'ouvre au tourisme, ce qui introduit de fait un regard occidental dans la région et amène le Congrès américain à adopter un texte condamnant les violations des droits de l'Homme par la Chine. La fin des années 1980 et le début des années 1990 est marquée par de nombreuses manifestations des moines tibétains, souvent sévèrement réprimées.


Depuis la fin des années 1990, la Chine a accru son emprise sur le Tibet, en développement économiquement la région et en y encourageant l'installation de Chinois. Mais les revendications tibétaines ne se sont pas tues. Quelles sont-elles ? Et pourquoi la Chine ne cède-t-elle pas ?

Les ressources tibétaines

Aujourd'hui, la forte population chinoise installée au Tibet est l'une des raisons pour lesquelles la Chine refuse de se désengager. A Lhassa, la capitale, un habitant sur cinq est chinois. Mais ce n'est pas la seule raison. Car le Tibet dispose également de ressources minières (chrome, or, cuivre, plomb), hydroélectriques (avec ses fleuves) et pourrait avoir des réserves de pétrole. Le "Toit du monde", dont les paysages attirent les touristes du monde entier, est également une fierté pour la Chine, qui y fera passer la flamme olympique des JO 2008. L'argument sécuritaire, enfin, est avancé, le Tibet constituant un zone tampon avec l'Inde.


 Que demandent les Tibétains ?

 

Le Tibet se divise vis-à-vis de la Chine. Le dalaï lama, en exil à Dharamsala en Inde, ne réclame pas l'indépendance du Tibet mais le respect de son autonomie, notamment culturelle. Il entretient avec Pékin une ligne pacifique qu'il vient de réaffirmer en souhaitant se rendre en Chine. Mais il n'en dénonce pas moins "un génocide culturel" dans son pays et le climat de "peur de la répression chinoise" dans lequel vivent les Tibétains. La Chine, pour sa part, a durci sa ligne envers le dalaï lama en l'accusant de fomenter les révoltes et de vouloir "saboter les JO de Pékin". Des allégations sans fondement dans la mesure où le dalaï lama lui-même s'est prononcé contre le boycott des JO, qu'il juge inutile. Il a également demandé l'annulation d'une marche vers le Tibet que de jeunes Tibétains radicaux souhaitaient entreprendre.


Car les jeunes générations, considérant que la position pacifique du dalaï lama ne donne pas de résultats, se radicalisent. Ils ne réclament plus le respect de l'autonomie mais l'indépendance. En mars 2008, des révoltes ont éclaté à Lhassa, la capitale du Tibet, sévèrement réprimées par la Chine.
Qu'en pense la communauté internationale ?


Le Tibet a peu été soutenu, au cours de son histoire, par les grandes puissances. L'Angleterre, mais aussi la France, ont préféré ménager la puissante Chine au cours des XIXe et XXe siècle, malgré des tentatives de rapprochement du dalaï lama. Aucun n'a donc reconnu l'indépendance autoproclamée du Tibet en 1912.

C'est finalement l'Onu qui donnera raison au Tibet pour la première fois à la fin des années 1950, dans le cadre de plusieurs rapports qui reconnaissent que la Chine a violé ses accords internationaux et a commis un génocide. En 1959, l'Organisation internationale adopte une première résolution dans laquelle elle se déclare préoccupée par la question des droits des Tibétains. Elle sera suivie de deux autres, en 1960 et 1965, sans que ces prises de position n'aient de conséquences concrètes. L'année 1989 marquera un tournant et une prise de conscience : le dalaï lama reçoit le Prix Nobel de la Paix.


Aujourd'hui, les puissances occidentales mettent en garde la Chine contre son attitude au Tibet, tout en la ménageant. Si le Premier ministre Gordon Brown s'est dit prêt à recevoir le dalaï lama, la France n'a pas franchi le pas. La question du boycott des JO de Pékin divise aussi les acteurs internationaux. La plupart des pays affirment qu'une telle mesure serait inefficace.
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C
tres bonne initiative :)
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