La Cène (Léonard de Vinci)

La Cène de Léonard de Vinci est une fresque à la détrempe (c'est une peinture dont les pigments sont liés par de l'eau additionnée de
différents ingrédients - colles organiques, gommes d'arbres, blanc ou jaune d'œuf...) et à l’huile de 460 cm sur 880 cm, réalisée de 1494 à 1498 pour le réfectoire du couvent dominicain de Santa
Maria delle Grazie à Milan.
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La salle du réfectoire :
La salle du refectoire de Santa Maria delle Grazie mesure environ 35 m x 9 m. Depuis l’époque de Léonard, le sol a été rehaussé et les fenêtres agrandies.
Léonard a représenté la Cène : le dernier repas de Jésus de Nazareth entouré de ses douze apôtres, le jeudi saint , veille de sa
crucifixition. Il suit là une vieille tradition monastique. Depuis le Moyen Age les murs des réfectoires sont illustrés de la Cène. "Ainsi, durant leur repas, les moines avaient-ils sous
les yeux, (…) l’image de celui que partagea leur Seigneur pour la dernière fois."
Grâce à une copie contemporaine de la Cène, nous pouvons identifier chacun des personnages. Il s’agit, de gauche à droite, de Barthélemy, Jacques le Mineur,
André, Judas, Pierre, Jean, Jésus, Thomas, Jacques le Majeur, Philippe, Matthieu, Thaddée et Simon.
- Histoire :
Les archives de Santa Maria delle Graze ayant été détruites en 1778, nous ne possédons pas le contrat établi pour la Cène, mais le commanditaire en est sans aucun doute le duc de Milan, Ludovic Sforza. La Cène est indissociable du projet qu’il mène dès 1492, pour faire de Santa Maria delle Grazie, le mausolée des Sforza.
Le programme iconographique du réfectoire fait d’ailleurs clairement référence à Ludovic Sforza
En 1517 le cardinal Louis d'Aaragon visite le monastère de Santa Maria delle Grazie. Son secrétaire, Antonio da Beatis, est le premier à faire état dans son
Itinerario de la dégradation de la fresque de Léonard : « [C’]est un merveilleux ouvrage, mais qui commence à s’abîmer, soit par l’humidité, soit par quelque malfaçon, je ne
sais ». En 1624, Bartolomeo Sanese, déplore qu’il n’y ait « presque plus rien à voir de la Cène ». En 1652, elle est si peu considérée qu’on décide de percer une porte entre le
réfectoire et les cuisines, au point de détruire la partie inférieure de la fresque représentant les pieds du Christ.
En 1796, l’armée française occupe la Lombardie. On loge un temps les troupes françaises à l’intérieur de Santa Maria delle Grazie (le réfectoire sert même d’écurie) ce qui cause encore des dommages à l’œuvre de Léonard.
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Technique :
La technique de la « buon fresco » consistait à appliquer directement les pigments sur l’enduit encore frais, ce qui assurait une excellente conservation à l‘œuvre. L’artiste se fixait chaque jour une partie de la fresque à peindre, une giornata. Léonard ne pouvait se satisfaire d’une telle contrainte. Il a donc appliqué une technique personnelle qui lui permettait de peindre quand il le souhaitait et autorisait les retouches.
- Analyse :
Léonard reprend une innovation apparue au milieu du Quattrocento, la perpective de la fresque prolonge la salle réelle du réfectoire par le trompe-l’œil du plafond à caissons et des murs latéraux recouverts de tapisseries.
Une série d’incisions encore visibles a servi à Léonard de Vinci pour tracer les lignes de fuite de la perspective. Un trou au niveau de la tempe droite du Christ correspond au point de fuite principal. Ainsi, le Christ occupe-t-il une position centrale à la fois par rapport aux apôtres, mais aussi par rapport au mur du fond de la fresque, comme un second tableau dans le premier. Les apôtres eux-mêmes sont répartis symétriquement par rapport au Christ, en quatre groupes de trois, mais les groupes sont dissymétriques entre eux, donnant ainsi de l'animation à la scène.
Une grille de perspective très géométrique et régulière que Léonard abandonnera ensuite comme principe de construction de ses tableaux.
Il en exploitera les limites dans ce tableau : La table et les apôtres semblent être peints en avant du plan du début de la perspective (cadre et bordure peinte dépassée par un des apôtres,
sur la droite, donc par l'ensemble de la table et des convives).
- Interprétation :
On considère que la fresque de Léonard illustre la parole prononcée par le Christ « En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera », et les
réactions de chacun des apôtres. Léonard recommandait dans ses écrits de peindre « les figures de telle sorte que le spectateur lise facilement leurs pensées au travers de leurs
mouvements. » .
À cet égard, la Cène est une illustration magistrale de cette théorie des « mouvements de l’âme », saint Thomas sceptique tendant l’Index, saint
Philippe, se levant pour protester de son innocence, saint Bartolomé, indigné, appuyant les mains sur la table… ».
On a pu aussi y lire aussi la fresque à la lumière des théories de Léonard sur l’acoustique, illustrant alors « la propagation des ondes sonores qui atteignent et touchent » chacun des
apôtres.
Le geste du Christ condense deux moments, celui de la trahison de Judas - il semble désigner de sa main droite le plat de Judas - et celui de l’institution du sacrement de l’eucharistie, capitale pour les dominicains - il ouvre ses bras vers le vin et le calice.
Saint Jacques le mineur se tourne vers André, isolant ainsi la figure du Christ. Giula Bologna juge que cet écart « donne une aura de paix » au
Christ ; Daniel Arasse y voit le symbole « de la différence entre la double nature, nature humaine et divine du Christ, et celle, seulement humaine de son disciple favori
».
Le visage du Christ est d’autant plus mis en valeur qu’il ressort sur le paysage et le ciel clair sur lesquels s’ouvre la porte du fond.
Contrairement à toute la tradition, Judas n’est pas mis à l’écart ni représenté de dos. Il est assis de profil, un peu en recul, touchant la bourse contenant l’argent de sa trahison. Il reste cependant dans l’ombre. La diagonale de lumière qui vient de la gauche touche les apôtres, mais l’évite..
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Dernière restauration (1978 - 1999) :
De 1978 à 1999, une nouvelle intervention est menée par Pinin Brambilla Barcilon, (sous la direction de Pietro. C. Marani), visant à restituer « le vrai Léonard ». Avant d’entamer cette nouvelle campagne de restauration, un diagnostic est émis sur les causes de la détérioration de la fresque. Ce sont principalement :
- L’enduit (la cause première de la condition dramatique de la fresque) utilisé par Léonard qui s’avéra extrêmement sensible à l’humidité ;
- L’humidité de la salle du réfectoire ;
- Les repeints des premières restaurations (ainsi que les instruments, comme la spatule, utilisés pour tasser l’œuvre) ;
- La poussée non compensée de la voûte sur le mur (particulièrement étroit) de la Cène.
Le programme de cette nouvelle campagne de restauration est le suivant :
- Recoller les fragments de la pellicule de peinture qui s’étaient détachés. On utilise pour cela la même gomme-laque que Mauro Pellicioli en 1947.
- Nettoyer la Cène des différents repeints.
- Assurer la cohérence de l’œuvre quand la pellicule de peinture manque, à l’aquarelle et dans un ton neutre.
- Créer une banque photographique sur les différentes phases de la restauration, en utilisant quand nécessaire la macro-photographie.